Incendies de l’été 2026 : ce que l’État propose aux sinistrés et aux entreprises touchées

Incendies : les mesures pour accompagner les sinistrés et les entreprises

Un été qui a brûlé 100 000 hectares, un record depuis vingt ans

Le 21 juillet 2026, les premiers foyers se déclarent en Gironde, dans des conditions climatiques extrêmes : sécheresse prolongée, vent de nord-est et températures dépassant les 40 °C pendant plusieurs jours consécutifs. En moins de deux semaines, deux incendies distincts dans le secteur de La Teste-de-Buch et de Landiras fusionnent et ravagent 42 000 hectares, portant ce sinistre au rang du plus grand incendie de forêt en France depuis 1949. Les flammes s’approchent à moins de 15 km de la métropole bordelaise, une proximité urbaine inédite pour un feu de cette ampleur.

Au même moment, les Landes, le Var et la Corse subissent des feux simultanés, mobilisant des renforts venus de toute l’Europe dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’Union européenne. Plus de 220 000 personnes — résidents permanents et touristes confondus — sont évacuées, certaines à plusieurs reprises en raison des reprises de feu. Au total, le système européen de surveillance des feux de forêt (Effis) évalue la surface brûlée sur le territoire français à près de 100 000 hectares, un chiffre qui n’avait pas été atteint depuis les incendies de 2003.

Pour les particuliers sinistrés : relogement, aides d’urgence et état de catastrophe naturelle

Dès les premiers jours d’août, plusieurs communes de Gironde et du Var ont obtenu la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. Ce régime, publié par arrêté interministériel au Journal officiel, ouvre aux assurés un délai de dix jours pour déclarer leur sinistre auprès de leur compagnie d’assurance. Les indemnisations couvrent notamment la reconstruction ou la réparation du bâti, le remplacement du mobilier détruit et, dans certains contrats, les frais d’hébergement provisoire.

Pour les ménages sans assurance habitation — situation plus fréquente chez les locataires —, les préfectures de Gironde et du Var ont activé des fonds d’urgence exceptionnels. Les caisses d’allocations familiales ont également mobilisé leur dispositif d’aide aux familles en situation de détresse, avec des versements rapides allant jusqu’à 1 000 euros pour les foyers les plus vulnérables. Les collectivités locales, notamment le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, ont annoncé une enveloppe complémentaire de plusieurs millions d’euros pour financer des hébergements temporaires dans des structures hôtelières réquisitionnées.

Le relogement demeure le point le plus tendu. Dans les zones où les résidences principales ont été détruites, les préfectures coordonnent l’accès à des logements sociaux d’urgence, mais les délais restent variables selon les communes. Certaines familles signalent plusieurs semaines d’attente avant une solution stable.

Côté entreprises : chômage partiel, reports de charges et mesures URSSAF

Les entreprises dont l’activité a été interrompue par les évacuations obligatoires ou la destruction de locaux peuvent bénéficier du dispositif exceptionnel d’activité partielle prévu en cas de sinistre. Ce mécanisme, distinct de l’activité partielle de longue durée, permet à l’employeur de prendre en charge une partie du salaire des collaborateurs dans l’impossibilité de travailler. Le taux de remboursement par l’État atteint 70 % du salaire brut dans la limite de 4,5 fois le Smic horaire.

L’URSSAF a par ailleurs annoncé des mesures de report automatique pour les entreprises situées dans les communes classées en état de catastrophe naturelle : les cotisations patronales et salariales dues entre août et octobre 2026 peuvent être reportées sans pénalité ni majoration de retard. Les employeurs concernés doivent en faire la demande via leur espace en ligne ou par contact direct avec leur URSSAF de rattachement, en fournissant un justificatif de situation.

Pour les travailleurs indépendants, le Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI) a réactivé son aide financière exceptionnelle, versée sous forme de don non remboursable. Le montant maximal est fixé à 2 000 euros par bénéficiaire. Les artisans, commerçants et professions libérales ayant subi une interruption totale d’activité sont éligibles, sous réserve d’être à jour de leurs cotisations au 1er juillet 2026. Les demandes doivent être déposées dans un délai de trois mois suivant la publication de l’arrêté de catastrophe naturelle.

La reconstruction forestière, un chantier qui se chiffre en décennies

Le gouvernement a annoncé une enveloppe initiale de 50 millions d’euros dédiée à la reconstitution du massif forestier girondin, présentée lors d’un comité interministériel réuni fin août 2026. Ce montant s’ajoute aux crédits du plan national de reboisement lancé en 2023, qui prévoyait déjà 200 millions sur cinq ans pour adapter les forêts françaises au changement climatique.

Le débat sur les essences à replanter est vif entre forestiers, scientifiques et propriétaires privés. Le pin maritime, dominant dans le massif des Landes de Gascogne, est remis en question pour sa sensibilité à la sécheresse et aux parasites. Des voix défendent une diversification vers des chênes sessiles, des châtaigniers ou des cèdres de l’Atlas, mieux adaptés aux étés de plus en plus chauds. Mais une forêt diversifiée met plusieurs décennies à s’établir, et les propriétaires forestiers privés — qui détiennent une large part du foncier brûlé — réclament des garanties financières avant d’engager des choix sylvicoles sur le long terme.

Ce qui reste flou ou contesté dans le dispositif d’aide

Plusieurs associations de sinistrés ont publiquement critiqué la lenteur des traitements administratifs. À mi-septembre 2026, une partie des dossiers de catastrophe naturelle n’avait pas encore abouti à des versements d’assurance, les expertises de terrain prenant du retard faute d’experts disponibles en nombre suffisant dans les départements touchés.

Les critères d’éligibilité excluent par ailleurs certaines catégories. Les locataires sans assurance habitation ne bénéficient pas du régime catastrophe naturelle, et les fonds d’urgence locaux ne couvrent pas toujours l’intégralité des pertes subies. Les travailleurs saisonniers dont le contrat s’est interrompu du fait des évacuations se retrouvent dans une zone grise : ni totalement couverts par l’activité partielle, ni éligibles aux aides réservées aux indépendants.

Les agriculteurs situés en dehors du périmètre officiel des communes reconnues en état de catastrophe naturelle font face à un vide juridique pour les pertes de récoltes ou de matériel. Des élus locaux de Gironde ont interpellé le ministère de l’Agriculture pour élargir le périmètre ou créer une aide spécifique, sans réponse définitive à ce stade. La question de la prise en charge des pertes immatérielles — fichiers clients, données, réputation commerciale — pour les petites entreprises reste également ouverte dans les textes actuels.