LFI veut créer un « Livret B » et rendre l’assurance-vie moins attractive : ce que ça pèse vraiment

"S'il faut rendre l'assurance-vie moins intéressante, on s'en chargera": LFI veut mobiliser l'épargne des Français en créant notamment un mystérieux "Livret B"

Le 14 octobre 2026 à Paris, Éric Coquerel, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et député La France insoumise, a présenté le contre-budget de LFI. Ce document programmatique, pensé comme la feuille de route économique d’une éventuelle présidence Mélenchon, contient une proposition qui a immédiatement attiré l’attention des épargnants : la création d’un nouveau produit réglementé baptisé « Livret B », assorti d’une déclaration sans détour — si ce livret doit s’imposer, l’assurance-vie sera rendue moins attractive. À ce stade, il s’agit d’une orientation politique, sans aucune force juridique.

Ce que LFI entend par « Livret B »

Le Livret B tel que présenté par LFI serait un nouveau produit d’épargne réglementé, dont la vocation principale serait d’orienter l’argent des Français vers des usages définis politiquement. La logique est celle des livrets existants — Livret A, LDDS — : un cadre fixé par l’État, qui détermine où va l’argent collecté.

Au-delà de cette intention, les caractéristiques concrètes du produit ne sont pas documentées dans les sources disponibles. Le taux de rémunération, le plafond de dépôt et les secteurs vers lesquels l’épargne serait fléchée n’ont pas été précisés dans le contre-budget tel qu’il a été présenté et relayé par BFMTV, L’Argus de l’Assurance, Econostrum et Renseignement Économique. Ces paramètres sont pourtant ceux qui détermineraient l’attractivité réelle du produit — et donc la pression qu’il pourrait exercer sur les autres placements.

Pourquoi l’assurance-vie est dans le viseur

La formule attribuée à LFI est explicite : « S’il faut rendre l’assurance-vie moins intéressante, on s’en chargera. » Cette déclaration n’est pas un accident de langage — elle reflète une critique structurelle que LFI adresse depuis longtemps à ce placement.

L’assurance-vie concentre des encours considérables chez les ménages français, bénéficie d’une fiscalité allégée après huit ans de détention et offre des avantages successoraux significatifs, notamment en matière de transmission hors succession. Pour LFI, ces caractéristiques orientent une part importante de l’épargne nationale vers des actifs jugés insuffisamment utiles à l’économie réelle — au détriment de financements qui pourraient soutenir des priorités publiques.

Les autres présidentiables qui se sont exprimés sur l’assurance-vie devant les épargnants ont adopté des positions très différentes, ce qui illustre à quel point ce placement est au cœur des débats électoraux à venir.

Ce qui reste entièrement non précisé, c’est la nature de la mesure envisagée. S’agirait-il d’une hausse de la fiscalité sur les gains, d’un plafonnement des versements, d’une modification des avantages successoraux, ou d’une combinaison de ces mécanismes ? Chacune de ces options aurait des conséquences très différentes selon le profil du détenteur. Pour quelqu’un qui a construit une stratégie de transmission impliquant des mécanismes comme le quasi-usufruit, une réforme ciblant l’avantage successoral serait bien plus impactante que pour un épargnant qui utilise son contrat comme simple enveloppe de capitalisation.

Ce que ça change pour vous aujourd’hui, et à quelles conditions cela pourrait changer

Aujourd’hui : rien. Le contre-budget LFI est un document d’opposition produit par un parti qui n’est pas au gouvernement. Il n’a aucune valeur législative, n’est adossé à aucun calendrier parlementaire et ne modifie aucune règle fiscale en vigueur.

Deux conditions seraient nécessaires pour que cette proposition prenne une forme concrète. La première est une victoire de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Sans elle, le Livret B reste une intention programmatique. La seconde est l’obtention d’une majorité parlementaire suffisante pour traduire ces orientations en textes de loi — une majorité qui, même en cas de victoire à la présidentielle, n’est jamais garantie.

Si LFI venait à préciser que seuls les gros contrats sont visés, l’impact serait concentré sur une minorité de détenteurs. Si, à l’inverse, la réforme portait sur les avantages successoraux universels de l’assurance-vie, les épargnants ayant bâti leur stratégie de transmission autour de ce placement seraient exposés en premier.

À ce stade, aucune de ces modalités n’est documentée. La décision utile est de surveiller deux choses : les précisions que LFI apportera sur les caractéristiques du Livret B et les modalités exactes d’une éventuelle réforme de l’assurance-vie, d’une part ; l’issue de la prochaine élection présidentielle, d’autre part. C’est à partir de ces éléments, et seulement d’eux, qu’une réévaluation de vos contrats aurait un fondement réel.