Le 14 octobre 2026, l’ONG britannique Inside Track a publié « Sounding the Alarm », un mémorandum anonyme fondé sur les témoignages d’une vingtaine de cadres seniors de l’assurance, de la réassurance et du courtage au Royaume-Uni et en Europe. Le même jour, une note professionnelle française intitulée « Tirer la sonnette d’alarme » alertait dans le même sens. La source est donc qualifiée, mais ce sont des témoignages : ni une étude chiffrée, ni un constat officiel. Rien de ce qui est publié ne désigne un contrat ou une zone française précise. Le mécanisme décrit mérite en revanche d’être compris, parce qu’il indique ce qu’un assuré peut voir arriver en premier.
Renchérir, restreindre, se retirer : ce que décrivent les auteurs
Selon le mémorandum, les assureurs répondent à la montée des risques climatiques en trois temps : ils renchérissent les primes, restreignent les garanties, puis se retirent des zones à risque élevé. Les auteurs soutiennent qu’une partie de ce retrait « a déjà commencé et va s’accélérer », avec un transfert progressif des pertes vers les gouvernements et les ménages. Ils parlent d’une augmentation des pertes non assurées, « pour lesquelles d’autres paieront le prix ».
Pour un assuré, le premier signe n’est donc pas la perte pure et simple de couverture. Il prend la forme d’une prime qui monte ou d’un péril précis, comme l’incendie ou l’inondation, qui sort du contrat. Le retrait total vient en dernier et vise d’abord les zones les plus exposées. Deux variables comptent donc : où se situe le bien, et quels périls le contrat couvre réellement.
Ces trois étapes sont une description des auteurs, sans ampleur ni calendrier précisés. Les assureurs ne sont pas accusés de malveillance : le mémorandum affirme que le secteur suit ce que les incitations à court terme récompensent.
Ce que les témoignages affirment sans le prouver
Deux volets du document sont plus lourds que les autres. Le premier est une accusation interne : dans certaines entreprises, des modélisateurs de catastrophes et des actuaires se verraient demander de « rogner leurs projections » ou de « gérer les chiffres à la baisse », pour ne pas susciter l’alarme et continuer à signer des contrats. Les discussions en conseil d’administration privilégieraient la rentabilité à court terme sur la résilience à long terme. Cette allégation est anonyme et rien, dans les éléments disponibles, ne la corrobore.
Le second volet est un risque systémique. Les auteurs avertissent que, sans intervention, les risques physiques pourraient se manifester comme lors de la crise des subprimes, si les biens immobiliers à risque élevé et non assurés se multiplient. Le raisonnement : si les assureurs se retirent ou relèvent les primes au-delà des moyens des emprunteurs, des biens deviennent techniquement non assurables, ce qui bloque les nouvelles hypothèques et fragilise les marchés de titres immobiliers. C’est un scénario conditionnel, pas une prévision établie. Il touche surtout les acquéreurs, puisque le blocage décrit passe par l’accès au prêt.
En France, une alerte face à un bilan jugé rassurant
La note française « Tirer la sonnette d’alarme » dénonce une sous-estimation de la fréquence, de la gravité et de l’imprévisibilité des catastrophes naturelles. Son auteur et sa diffusion ne sont pas précisés dans les éléments disponibles.
Elle s’oppose, sans le contredire totalement, au premier rapport de l’Observatoire de l’assurabilité, remis le 15 juin 2026 par la Caisse centrale de réassurance. Ce rapport dressait un bilan jugé « rassurant », tout en appelant à une vigilance accrue et en engageant trois axes d’action, dont le détail n’est pas disponible ici. D’un côté, un état des lieux plutôt apaisant ; de l’autre, des professionnels qui craignent que les risques soient sous-évalués. Ces deux positions n’autorisent pas à conclure que le retrait décrit par le mémorandum européen est déjà généralisé en France. Rien ne l’établit.
Pour mesurer ce que peut être un refus de couverture, un cas voisin est documenté ailleurs : des assureurs peuvent aussi refuser certains risques précis, comme cet assureur néerlandais qui écarte certaines voitures chinoises. Ce n’est pas le même sujet, mais la logique de sélection des risques y est visible.
Ce que personne ne dit encore au particulier
Aucune donnée disponible ne précise quelles zones ou quels contrats français seraient visés, ni selon quel calendrier. Aucune mesure applicable directement au particulier n’est documentée. Toute conclusion personnelle, dans un sens comme dans l’autre, serait donc prématurée.
Ce que chacun peut vérifier de son côté dépend de sa situation :
- l’exposition de son bien aux inondations, aux incendies ou à d’autres périls, à demander à son assureur ou à vérifier via les informations locales sur les risques ;
- les périls effectivement couverts et ceux qui sont exclus dans son contrat, à relire dans les conditions générales et particulières ;
- la date de renouvellement, moment où une hausse de prime ou une restriction de garantie peut apparaître ;
- pour un achat avec emprunt, la place que prend l’assurance du bien dans le dossier de prêt.
Un propriétaire dont le bien est hors des zones les plus exposées, dont le contrat couvre les périls utiles et dont le renouvellement est lointain peut raisonnablement se contenter de suivre l’actualité. À l’inverse, un bien situé en zone à risque, un contrat qui exclut déjà certains périls, un renouvellement proche ou un achat financé par un prêt justifient de regarder sa couverture dès maintenant. Dans ce dernier cas, il vaut mieux savoir ce que son contrat garantit réellement, comme le rappelle le cas d’un refus d’indemnisation contestable après un sinistre, où la lecture du contrat fait toute la différence.